sousse-29-Mai-09 Le tout dernier spectacle de Raouf Ben Yaghlane à Sousse à 20h30 au Thêatre Municipal de Sousse.
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Ben Yaghlane ne semble pas avoir épuisé le cycle de représentations de sa célébrissime pièce «N’âbar walla man âabarchi». Aujourd’hui, le rendez-vous avec l’artiste, comblé qu’il est, sera encore une fois renouvelé. Et c’est au théâtre municipal de Tunis.

Il était aux anges Ben Yaghlane qui donnait sa pièce fétiche, la semaine dernière seulement, au Théâtre municipal pour le compte de l’Association tunisienne des villages d’enfants SOS. Au point qu’il s’est incliné, en signe de vénération, devant son public fidèle et enthousiasmé qui l’a reçu avec un déluge d’applaudissements. Ben Yaghlane nous le dit en fait: «Je m’incline devant l’amour de mon public». Il faut l’avouer tout autant : notre artiste est parmi les rares qui ont de la considération pour leur public. Et celui-ci n’en demeure pas moins reconnaissant. A la fin du spectacle, nous dit Saoussen sa femme, qui suit son époux dans ses pas d’artiste : «Un homme non-voyant a tenu à saluer et serrer très fort Raouf à la fin de sa prestation. Une autre femme a même lancé une série de youyous à la vue de l’artiste sortir des coulisses. C’était émouvant».

Ben Yaghlane a certainement un public qui lui veut du bien. Un public intellectuel qui fait fi de l’art populiste de bas étage donné par des comiques improvisés qui veulent à tout prix faire rire l’assistance, qu’ils prennent néanmoins à la légère, en jouant sur certains clichés sociaux comme le régionalisme ! Ben Yaghlane, lui, se gausse de tous ceux qui n’ont que ce moyen pour offrir le sourire ou le rire moqueur au public. Notre artiste apporte un réconfort intellectuel avec un art qui s’attaque certainement aux vices et rebuts de la société. Un art au vitriol et sans compromis, même si certains en grincent des dents.
«Alors, on s’exprime ou pas ?», sa pièce est venue à point nommé arracher le contenu de l’art théâtral de son silence. Ben Yaghlane y lance les propos en l’air, enfile les histoires et entre dans la peau de plusieurs personnages, du grincheux au raté social en passant par les radins et les chipies. Et demeure surtout dans ce même registre sans pour autant se moquer du physique des personnages qui peuplent sa pièce, encore moins de leurs dialectes !
Le rire, le vrai, est aussi présent dans son art. Sauf que le rire qu’il déclenche est celui qui éclaire nos soirées molles et rend les joues rouges et les yeux brillants.
Rien n’est plus spécifique, en définitive, que cet esprit plaisant qui déforme les apparences de la réalité pour en dégager les aspects insolites qui donnent… à rire. Faute de mieux !

le quotidien-7-6-2008