sousse-29-Mai-09 Le tout dernier spectacle de Raouf Ben Yaghlane à Sousse à 20h30 au Thêatre Municipal de Sousse.
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Du bon usage de la Souffrance PDF Imprimer Envoyer

J'ai grandi dans une famille qui ne rit pas beaucoup et j'ai choisi de faire rire le  monde ! », dit Raouf Ben Yaghlane. Ça en dit long sur le défi d'être artiste dans une famille conservatrice. Raouf Ben Yaghlane est ce qu'on appelle un heureux cas psychologique en continuel mouvement et un artiste qui crie haut ses complexes. C'est, en deux mots, une immense auto psychanalyse en public. Une autre manière de faire parler le divan.

Cela dit, ce n'était pas facile de faire parler Raouf Ben Yaghlane de son enfance. Même quand il en parle, c'est avec beaucoup d'émotion et chaque fois on sent l'adulte qui fait de terrible acrobaties avec l'enfant.

« J'ai choisi d'être artiste pour me révolter contre mon état de Djerbien, dit-il. La mentalité de la famille Djerbienne à l'époque ne tolérait aucun rapport avec l'art et la culture et cela m'a causé des souffrances terribles.

Aujourd'hui, je ne me fais pas d'illusions, je ne cherche pas à me libérer de mes souffrances, j'essaie de composer avec elles »

Là, l'artiste s'arrête de parler, s'enferme dans son regard, récapture ses gestes et plonge un plus loin  dans son passé.

Impressionnant de voir un homme qui ne semble  n'avoir qu'un divan pour bagage et qui a le courage de le trainer en public.

Alors qu'il avait 8 ans, on attendait déjà de Raouf Ben Yaghlane de jouer un rôle. Mais ce n'était pas   n'importe quel rôle : c'était celui du père décédé et qui était un grand commerçant de la place.  « j'étais contraint de devenir adulte à cet âge.

Je devais remplacer le père commercial et moral. Je devais donc jouer le rôle du père, donc créer un personnage. Je faisais donc du théâtre. Il y avait juste la scène sociale et je devais faire semblant jusqu'au jour où j'ai découvert que l'artiste était déjà en moi, le devenir artiste était déjà tracé ».

A l'école, l'artiste imitait tous les personnages illustres. C'était l'acteur qui naissait dans la peau éloquente, impressionnante des autres. L'acteur qui naissait dans tout ce que la nature humaine peut avoir d'ambigu et d'obscur.

Ce n'était pas facile pour la famille de Raouf Ben Yaghlane d'admettre que le fils voulait devenir acteur ! L'acteur débutant a eu droit à des portes fermées lorsqu'il rentrait tard, des regards durs et accusateurs… « Mais le comble, c'était le jour où on a découvert que je parlais seul dans ma chambre , dit-il, comme d'habitude, j'imitais un grand acteur, on m'avait emmené illico à l'hôpital psychiatrique ».

Au séjour à l'hôpital psychiatrique s'ensuit le séjour d'un adolescent doué pour les arts scéniques et qui ne demandait qu'à devenir artiste, à endosser la difficile tâche de faire rire le monde. Mais c'était aussi un adolescent qui a profité de ce séjour pour être plus près de la nature humaine. «  A la sortie, poursuit Raouf Ben Yaghlane, on me regardait de travers dans la famille. C'était très dur à supporter, mais j'avais déjà compris que j'avais un destin d'artiste ».

Après, c'était la rencontre avec Ahmed Snoussi et les cours à l'école d'art dramatique de la rue Jemaâ Zitouna. L'artiste est né dans les affres de la contrainte familiale avec laquelle il se sent « moralement très loin aujourd'hui ». Avoir un enfant qui veut devenir artiste ?

« Les parents doivent aider cet enfant à se définir et à réaliser son désir d'être un jour artiste, répond Raouf Ben Yaghlane. Il s'agit d'entretenir le talent et d'être tout le temps à l'écoute de cet enfant, sinon on risque de le marginaliser avant son entrée dans le jeu de la société. Le vrai défi, c'est de savoir entretenir sa « folie » dans un environnement sain. Dans chaque enfant, il y a un talent d'artiste, il suffit de l'aider à le libérer ».

Salem Trabelssi . La Presse Magasine 27 juillet 2003


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