Rencontre Avec... Raouf Ben Yaghlane : Un homme tout feu tout show
Bientôt aux côtés de Hichem Rostom et Mohamed Kouka dans un show intitulé «ART» Qu’il est bon de donner de la vie au temps ou du sel à la vie ! Raouf Ben Yaghlane y adhère dans l’allégresse. Bon communicant sur scène et à la télé, ce «clown-chroniqueur», dirait-on, affiche force vitalité dans l’exercice de ses prestations. Tantôt pathétique, tantôt gouailleur, cet artiste a de l’étoffe. Son one-man-show bien connu, intitulé avec une pointe de dramatisation enjouée et bien jouée Je m’exprime ou je m’exprime pas ?, lui a valu encore des succès.
C’était fin mai dernier lors de son dernier passage au Théâtre municipal de Tunis. A 56 ans (il en fait dix de moins), cet humoriste sait garder intacte toute la fraîcheur d’un adolescent prolongé. Vif, il sait rendre ses fans joyeux. Heureux ? «N’exagérons pas», proteste-t-il, souriant. «A peine un coeur content», murmure-t-il, après un creux de silence. Entretien. Ben Yaghlane n’est pas calme comme l’eau qui dort. C’est plutôt un agité permanent, prêt à s’amuser sur les planches. Son choix professionnel ?
«S’inscrire», dit-il, «dans la dérision critique et ça se passe bien.» Il a envie de rire «comme tout le monde». Rire de quoi ? «De ce qui ne surprend plus personne. J’aime vivre ce que je joue. J’essaie en tout cas.» Il a raison. Ne pas se priver de rire un bon coup lorsque c’est possible car, sur cette planète Terre, en désordre, en souffrance, tout est dérisoire. Mais pour y arriver, il lui faut «concocter», dit-il, « de bons textes». C’est avec des mots qui tintent «qu’on peut produire un bon show», où l’oreille se divertit. Reste qu’il faille «y mettre du coeur». Dur métier. Et pour cause: faute d’inspiration parfois, il peut glisser vers le blues mélancolique. Dans ce cas, «je souffre et ça peut durer des mois». En revanche, face à un projet en gestation, Ben Yaghlane vit dans «la dégustation anticipée» de ses petits bonheurs prochains.
«écrire me soulage»
Autre question, autre réponse. Autour de quoi R.B.Y. construit-il son processus d’écriture ? «Evoquer des situations raflées à la réalité, cueillies au hasard», puisées dans le quotidien banal. «Je suis un comédien qui écrit. Cet acte me soulage», et de draper ensuite sa prose «dans une structure narrative et récréative.» En somme, ça s’appelle aller à la pêche aux mots, «jeter son hameçon» pour ne retenir» que les expressions incisives ou drôles, ce qui n’est pas facile. Son choix : ne pas dénoncer brutalement les choses qui fâchent. Les laisser plutôt «entendre» par les spectateurs «que je convie indirectement à devenir mes partenaires actifs.» L’essentiel est de communiquer au public «mes émotions, via une dramatisation souriante». C’est bien la preuve que Jules Renard avait raison de souligner que l’humoriste est «un homme de bonne mauvaise humeur.» Fin de citation. Le voeu cher à R.B.Y. est «d’être compétent». Son obsession : tenir bon, avancer dans la profession qui est la sienne. «Et ça marche», dit-il, puisqu’il use de son registre «en toute liberté et j’en suis bien aise», précise ce comédien qui sue son énergie sur scène. Sans transition, est-il bien entouré dans la vie de tous les jours ? «Absolument», lâche-t-il avec des accents de grande sincérité. En pleine préparation de ses spectacles, il en appelle à une certaine gestuelle devant des miroirs, écoutant les remarques des siens et de ses proches. Concluez que R.B.Y. nage entre inquiétudes et doutes, «sans lesquels on ne peut pas progresser.» Si vous lui faites le reproche d’user et d’abuser de son one-man-show cité plus haut, il proteste, jovial : «Je ne l’ai joué que pendant un an à peine. Ce qui me paraît tolérable.» Petite précision : a-t-il présenté ce spectacle sous d’autres cieux ? «Certes. Au Maroc, en Italie, en France, en Suisse, en Suède, au Canada», répond-il, avec une étincelle de fierté dans l’oeil. Enfin, une question familière : est-il installé dans le train de la prospérité ? Réaction spontanée : «Ni riche, ni pauvre. Je suis sur le marche-pied.» Une façon de dire, sans le dire vraiment, que l’argent n’est pas le moteur de son existence : «L’essentiel pour moi est d’être aimé.»
«Kouka, Rostom et Ben Yaghlane»
A-t-il brassé des courants d’air l’été dernier ? Il fait non de la tête. Enthousiaste, il s’est engagé aux côtésde Hichem Rostom et Mohamed Kouka dans un show en français de 90 minutes, qu’ils présenteront en décembre prochain sous l’égide de la Ville de Tunis. Intitulé «ART» de Yasmine Reza, Française d’origine iranienne. Pareille production traite de l’amitié. En peu de mots : trois personnages se sont connus dans un passé lointain. Ces trois grands amis se retrouvent après une longue séparation devant un tableau de peinture. On ne vous en dit pas plus… Au fait, a-t-il souffert de ne pas avoir été programmé au Festival de Carthage, version 2006? «Je suis passé à côté», regrette-t-il.
Allons, allons, c’est peut-être cette même session qui est passée à côté de lui…
La presse - Sadok BEN MAHMOUD
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